RDC: LE VIOL DE TOUTE UNE NATION DEPUIS 10 ANS !

Publié le par jemarche


160 femmes sont violées chaque semaine en République Démocratique du Congo, victimes du conflit qui dure depuis plus de dix ans.

 Human Rights Watch expose le travail de 4 photoreporters célèbres pour illustrer le drame vécu par les familles congolaises. Après Chicago, New York, Londres et Genève, l’expo Congo/Women débarque à Paris jusqu’au 13 mars.

Le viol d’une nation en noir et blanc

Le viol d’une nation en noir et blanc

« Le viol d’une nation » (« The Rape of a Nation »).

C’est le titre donné par Marcus Bleasdale au livre publié en 2009 sur plus de dix années passées à photographier le conflit en République Démocratique du Congo. Il est aujourd’hui exposé à Paris, avec trois autres photoreporters, pour donner à voir le drame vécu par les familles congolaises.
Dans une salle aux murs bruts et sombres, les clichés en noir et blanc reflètent le quotidien sordide des villages ravagés par la guerre entre l’armée congolaise, les milices rebelles et les armées étrangères (Ouganda, Rwanda). Des membres arrachés, de jeunes enfants qu’on enterre faute de nourriture ou de soin, des gamins d’à peine 10 ans armés jusqu’aux dents, des femmes sans ressources rejetées par leur famille après avoir été violées : on est très loin d’imaginer la richesse faramineuse du pays.

La guerre du sol

La guerre du sol

Le nerf de la guerre, ce sont les ressources minières, en particulier dans l’Est du Congo, dans les régions du Nord et du Sud Kivu. « Cette région est non seulement la plus fertile du pays, mais aussi la plus riche notamment en cobalt, coltan, cuivre, or, uranium et diamants, explique Jean-Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch France. Chaque groupe armé cherche à contrôler des zones minières quitte à massacrer ou terroriser des populations civiles pour y parvenir. » Lorsqu’un groupe armé attaque un village, les viols ou enlèvements de femmes et d’enfants font partie du saccage :

« Nous étions 3 jeunes filles et nous nous dirigions vers Cirunga… Ils (les soldats) nous ont violées et nous ont traînées jusque dans leur camp qui n’était pas loin du chemin. Je suis restée là durant un mois, surveillée de manière permanente. Il n’y avait aucune conversation entre lui et moi. Il me prenait à tout moment, lorsque cela lui plaisait, et avec beaucoup de violence. Je passais mes journées à pleurer. »

 

(Femme de 23 ans, Kabare, Sud-Kivu, avril 2009. Rapport Human Rights Watch « Les soldats violent, les commandants ferment les yeux », juillet 2009.)
(Crédits photo : MarcusBleasdale)

Tolérance zéro ou impunité zéro?

Tolérance zéro ?

Selon l’ONU, plus de 200 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles en RDC depuis 1998, sans que leurs agresseurs aient été punis.

 

En 2009 le président Joseph Kabila lançait une campagne de « tolérance zéro » contre les viols commis par l’armée et les rebelles, mais les condamnations restent rares et concernent des subalternes. Mais en février dernier, l’espoir renaît suite à la condamnation du lieutenant colonel Daniel Kibibi Mutware, de l’armée congolaise : « le 1er janvier 2011, des militaires sous l’autorité du lieutenant Mutware ont violé 60 femmes et jeunes filles à Fizi dans le Sud Kivu, raconte un enquêteur de Human Rights Watch, et se sont rendu coupables de tortures et de crimes contre l’humanité. Le 21 février le lieutenant a été condamné à 20 ans de prison par la justice locale, et ses soldats ont également écopé de peines allant de 10 à 20 ans de réclusion. » Une victoire qui laisse la plupart des experts encore sceptiques,

 « La dernière fois qu’un haut-gradé a été condamné en RDC, il a fui au bout de trois jours… »,

 

observe Jean-Marie Fardeau. Ambassadrice de l’UNESCO et marraine de l’exposition, Rama Yade veut intensifier la lutte contre l’impunité : « il faut faire entendre la voix de la dénonciation, partout où cela est possible, aider les associations de la société civile qui, sur place ou dans d’autres pays, œuvrent à la défense des femmes, épuiser toutes les procédures juridictionnelles pour faire condamner les coupables, et recourir à la Cour pénale internationale lorsque la machine judiciaire interne ne fonctionne pas.»
En attendant les femmes congolaises s’organisent en associations locales pour faire entendre leur cause. Les photographes rendent aussi hommage à leur force dans l’exposition Congo/Women.

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