La marche des femmes congolaises contre le viol a fait escale à Mons !

Publié le par jemarche





Écrit par Roger DIKU Kapotho   
Mardi, 12 Juillet 2011 07:52

La marche mondiale des femmes du Congo Rd contre les viols perpétrés dans les provinces de l’Est du pays s’est arrêtée à Mons le temps de deux jours du 09 au 11 juillet. Entamée il y a plus de 10 jours à Paris la capitale française sous l’initiative de Marie Inyongo, cette protestation de sensibilisation d’un autre genre se terminera le jeudi 14 juillet au matin à Bruxelles, capitale de la Belgique et des Institutions Européennes. Et pour cause, la remise d’un certain nombre des pétitions aux responsables du Gouvernement belge via son ministre des Affaires Etrangères Steven Vanackere, des responsables de l’Union Européenne et du Représentant des Nations Unies avant de terminer par celui de la Cour Pénale Internationale (CPI).

 

L’arrivée des marcheuses congolaises dans Mons s’est faite par le poste frontalier de Quiévrechain en passant par la commune de Bossus le samedi 9 juin avant de rejoindre la Grand Place devant l’Hôtel de ville le dimanche 10 juillet. Certes fatiguées par plus de 300 Km dans les jambes, les manifestantes n’ont pas manqué de faire un détour devant la résidence officielle de Elio Di Rupo, Président du Parti socialiste belge et Bourgmestre de la ville hôte. Le but poursuivi étant de lui faire part du malheur de femmes congolaises violentées de toutes sortes depuis le temps que perdurent la guerre et les troubles dans les provinces de l’Est de la Rd Congo. Absent pour des raisons de son implication active dans la recherche des solutions pour la mise sur pied d’un gouvernement fédéral dans son pays, Di Rupo n’a pas pu recevoir les congolais en colère. Néanmoins, un membre de son conseil communal et d’origine congolaise, Didier Muzalia présent dans la manifestation fera le porte porte-parole de ses anciens concitoyens espèrent les organisateurs. Gisèle Mandaila, belgo-congolaise et ancienne Secrétaire d’Etat belge issue du Mouvement Réformateur (MR), le parti libéral francophone faisait également partie du cortège défilant dans son ancienne ville de Mons.

 

Le viol des femmes, une arme de guerre. La violence sexuelle faite aux femmes en RDC aujourd’hui utilisée comme arme de guerre a atteint un niveau jamais égalé dans le monde. Car, chaque jour qui passe, au moins 40 femmes sont violées à l’Est de la RDC. Les auteurs de ces méfaits sont connus de tous : les rebelles hutus rwandais du FDLR, les militaires tutsis de l’APR, les forces indisciplinées de l’armée et la police congolaises ainsi que les milices en tous genres qui pullulent dans cette partie du pays. Pendant ce temps, le gouvernement de Kabila qui règne à Kinshasa ne fait rien pour endiguer cette situation. Comme dans de nombreux conflits à travers le monde, 70% des victimes sont des civils, majoritairement des femmes et des enfants. Le viol et la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre : «le corps des femmes étant devenu l’un des champs de bataille de ceux qui se servent de la terreur comme arme de guerre : les femmes sont violées, enlevées, humiliées et forcées à subir des grossesses, des sévices sexuels et l’esclavage sexuel». La violence sexuelle touchant les femmes de tout âge, y compris les fillettes, parfois pas plus âgées que 5 ans. Elle a fini par atteindre des proportions jamais égalées, chaque jour 40 femmes sont violées.



Ce qui n’ pas manqué les Eurodéputés réunis au Parlement de Strasbourg d’en appeler le 07 juillet courant au chef de l’Etat congolais à mettre fin à l’impunité. Ils ont en outre réclamé une coopération entre le régime congolais et La Cour Pénale Internationale (CPI) dans les enquêtes contre ces viols qui peuvent constituer des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Par ailleurs et dans son rapport élaboré et publié le mercredi 6 juin 2011, l’ONU par son Bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme (BCNUDH), il apparaissait clairement que ces viols ont été planifiés pour terroriser et assurer le contrôle sur la population. Déjà, dans un autre rapport préliminaire sur ce même sujet en septembre 2010, l’ONU qualifiait déjà ces viols en série «d’effrayants» et avait précisé que ni l’armée congolaise, ni l’ONU en RDC (la Monusco) n’avaient pu les empêcher. Pourtant, tout gouvernement à l’obligation d’assurer la sécurité sur son territoire et de protéger ses civils. Les eurodéputés ont également rappelé au président Kabila qu’il s’était personnellement engagé à mener une politique de tolérance zéro en matière des violences sexuelles, à poursuivre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et à coopérer avec la Cour pénale internationale.

 

Il est temps que cela cesse s’écriaient les marcheuses congolaises en colère. Cette situation connue de tous ne semble émouvoir personne pour autant que les violences s’amplifient. Ce qui ne décourage nullement les victimes malgré leur situation difficile et précaire. Les femmes parlent de leurs droits dans une culture qui avait traditionnellement étouffé leurs voix. La violence sexuelle étant définie aujourd’hui comme une violation de leurs droits. Dans une Campagne choc à L’Est du pays intitulée Campuni ya wanawake wa kongomani kwa kupiganisha ubakaji katika jamuhuri ya Congo (Campagne des femmes congolaises contre les violences sexuelles en RDC), les femmes sont mobilisées au travers des actions, l’Unicef soutient la sensibilisation pour dire «Halte au viol de nos ressources les plus précieuses, le pouvoir aux femmes et aux filles de République Démocratique du Congo» et forme les femmes dans le but de leur faire tenir un rôle de premier plan au sein de leurs communautés.

 

Une autre femme belgo-congolaise avait compris cette situation bien avant en 2009 lorsqu’elle dénonçait le «silence complice et coupable des intellectuels et des politiques» congolais face au drame de l’Est de son pays. Elle, c’est Nana Lukezo; la chanteuse de musique chrétienne qui s’est engagée avec Médecins Sans Frontières (MSF) Belgique dans une série des concerts au profit de cette ONG pour venir en aide aux femmes victimes de viol. Toute chose restant égale par ailleurs, les difficultés tant psychologiques, physiques et sociales sont nombreuses et parfois difficiles à surmonter au sein de la famille comme de la communauté. Le rejet et l’ostracisme, les grossesses non désirées sans oublier le futur bien-être de l’enfant né du viol. C’est du reste ce que constate le dernier lauréat du Prix de la Fondation Roi Baudouin de Belgique doté de 150.00 Euros, le Dr Dénis Mukwege, gynécologue Directeur de l’Hôpital de Panzi non loin de Bukavu à l’Est du Congo. Pour lui, ces femmes violées ont carrément «peur de retourner dans leur village».

 

La Société civile congolaise de Belgique par les Abbés congolais membres du Groupe Epiphanie avait également marqué de son soutient tant matériel que spirituel via sa présence. Les ecclésiastiques Jean-Pierre Mbelu et Gilbert Yamba n’ont pas manqué de souligner que «la lutte contre les forces de la mort est un devoir patriotique et de bravoure» pour le premier. Le second soulignait pour sa part que «la messe célébrait par lui au matin dans son église trouvait également son sens dans cette marche de sensibilisation» de l’opinion internationale. De partis politiques congolais en Belgique, seul l’UDPS du candidat Etienne Tshisekedi était en force au cours de cette marche de Mons. Maman Marthe Kasalu Tshisekedi est venue en personne «encourager ses sœurs à persévérer dans ce genre d’action» qui dit-elle est de nature à sensibiliser encore plus l’opinion tant nationale qu’internationale face à ce drame qui se passe chaque jour au Congo. Elle n’a pas manqué de souligner toutes sortes de tortures tant physiques que psychologiques qu’elle a enduré elle-même «des années durant» sous la dictature de Mobutu comme à l’avènement de Laurent-Désiré Kabila où arrestations, relégations étaient son lot de femme seule pendant que son mari était en prison. Guylain Nyembo-Ya-Mbwizya, Représentant adjoint de l’UDPS Benelux qu’accompagnait son épouse et ses enfants, Patrick Kanku, Président de la Jeuneuse de l’UDPS dans la même juridiction administrative avaient également marqué de leur présence cette marche de Mons.

 

En attendant l’épilogue par l’arrivée à Bruxelles le jeudi matin, la colère des marcheuses congolaises retentira encore pour longtemps dans les oreilles des violeurs de leurs sœurs du pays. Cela doit cesser scandent-elles contre ces bourreaux sans cœur ni esprit.

Mise à jour le Mardi, 12 Juillet 2011 07:55

 

http://www.congoone.net/one/index.php?option=com_content&view=article&id=538:la-marche-des-femmes-congolaises-contre-le-viol-a-fait-escale-a-mons-&catid=25:actualites&Itemid=27

 

Commenter cet article